Vous pensez que la magie n'existe pas ? Vous pensez que la superstition n'est que pure affabulation de l'inconscient ? Vous pensez que le coup de foudre n'est qu'une réaction chimique qui se produit, une décharge d'adrénaline que la science peut expliquer ? Cette histoire n'est pas pour vous. Je veux vous parler d'un royaume, d'un petit royaume où la magie existe et où l'amour est une aventure hors du commun.
Il était une fois, dans un tout petit royaume, un prince qui cherchait l'amour désespérément. Sa mère s'en était allée quelques années auparavant et lui avait fait promettre de se marier avec la femme que son c½ur aurait élue et pas une des princesses que son père choisirait pour contenter un roi adverse avec lequel il serait bon d'avoir des liens en cas de conflits. Alors il cherche la femme de sa vie et son père ne s'en doute pas. Il est de coutume de se marier à l'aube du jour de ses vingt cinq ans. Le prince ne venait de fêter que ses vingt quatre ans.
Un jour, le jeune homme alla voir la doyenne des habitants du village entourant le château afin de lui demander ce qu'il fallait faire pour trouver l'amour. Etant donné qu'elle avait déjà vécu une longue vie, elle devait connaître la réponse, celle – ci lui dit:
- Pour trouver l'amour, il faut passer beaucoup d'épreuves, il faut être courageux, fort mais aussi plein de bons sens et honnête!!
- Comment et où passer ces épreuves dont elle parle!
- Si tu les cherches tu ne les trouveras pas. Attends qu'elles viennent vers toi !
Alors le prince rentra chez lui et pendant trois mois ne chercha pas les épreuves, il vaqua à ses occupations de prince. Il était avec son père le plus souvent pour apprendre le métier de gouverneur d'un royaume, ce qui n'était pas aisé. Les tactiques de guerre, la maitrise de l'épée, l'équitation, le protocole, toutes ces choses qu'un prince doit savoir. Le roi, son précepteur, le chef de la cavalerie, le maitre des armes, tous l'encadraient, il ne pouvait se retrouver seul une seconde, toujours quelqu'un sur son dos à lui dicter sa conduite. Pauvre prince, qui aurait pourtant tant aimé se retrouver seul une minute, réfléchir, rêver, idéaliser une femme qui serait la sienne. Il devenait de plus en plus triste de ne pas trouver l'amour il se dit que la vieille dame était sans doute complètement folle, comment trouver l'amour sans le chercher ? Et il décida alors d'aller voir un vieil homme. Peut être que lui sera plus à même de le comprendre et de lui expliquer ce qu'il fallait faire.
- Dis moi vieil homme comment trouve t on l'amour ?
- Mon petit, si c'est l'amour que tu cherches c'est les ennuis que tu vas trouver!
Alors le prince, très déçu par ce que lui avait dit le vieil homme, rentra chez lui. Il faisait nuit, les rues de la grande ville étaient sombres il était à pied, seul, il avait froid, il était triste. Et au détour d'une ruelle, il entendit un bruit étrange. Il s'arrête et appelle, dans l'obscurité, un éventuel individu. Pas de réponse. C'est sans doute le bruit du vent dans les feuilles des arbres, se dit-il. Alors il continua sa route, mais le bruit se fit de nouveau entendre.
- Qui est là, montrez vous ! Je suis le prince Alexandre et je vous ordonne de vous montrer !
Toujours aucune réponse. Il s'engagea alors dans la ruelle d'où provenait le bruit. Tout était étrangement calme, il régnait une atmosphère tendue, comme le grand calme avant la tempête, il allait se passer quelque chose. Alexandre était inquiet, qu'allait-il pouvoir arriver ? Soudain, venu de nulle part, un chat lui coupa la route, il filait comme le vent, la queue basse, quelque chose l'avait effrayé ! Le prince alla dans la direction opposée pour savoir ce qui avait bien pu effrayer ce pauvre chat. Il y trouva ... une souris ! Une souris qui semblait rire, en s'approchant encore, Alexandre s'aperçu qu'en effet la souris, riait. Intrigué, il lui demanda :
- Pourquoi ris-tu ?
- Je ris, parce que je suis une pauvre petite souris qui vient d'échapper à ce gros vilain chat qui voulait me dévorer.
Le prince se dit qu'il n'avait plus rien à perdre et demanda alors :
- Dis moi petite souris, est ce que tu sais comment je pourrais trouver l'amour ?
- Oui, bien sûr que je sais ! Mais ce serait trop facile si je te le disais ! Il faut que tu fasses ton propre chemin, ce ne sera pas toujours aisé, mais qui ne tente rien, n'a rien !
Et avant que le prince pu lui répondre elle s'en fut. Alors qu'il commençait à reprendre sa route vers le château il entendit un bruit divin, un son magique. Il ne put l'identifier tout de suite mais il s'en approcha et comprit alors que ce rire, car il s'agissait bien d'un rire était celui d'une femme. Cette femme assise sur un banc, visiblement seule riait aux éclats. Pourquoi ? Pourquoi riait-elle de si bon c½ur ? Quelle en était la raison, le prince voulait savoir :
- Pourquoi ris-tu ?
- Parce que j'aime rire, dit-elle le plus simplement possible.
- Moi, cela fait bien longtemps que je n'ai pas ris.
- Oh, que c'est triste ! Comment cela se fait il ?
- Et bien, je cherche l'amour et je ne le trouve pas, et cela me rend triste, alors je ne ris pas.
- Oui c'est triste, soupira t elle.
- Mais riez encore, j'aime vous entendre rire, c'est un son magnifique.
Alors la jeune femme s'exécuta sans se faire prier. Puis elle s'arrêta et tout en prenant un air sérieux annonça de but en blanc :
- Moi l'amour ça ne m'a pas réussi !
Alors le prince, interloqué demanda plus d'explication.
- Oui, dit-elle, la première et dernière fois que j'ai aimé un homme, il m'a trahit et s'est enfuit avec une autre.
Puis sans ajouter mot, elle se remit à rire. Le prince ne se lassait pas de l'entendre rire, mais alors que le soleil envoyé ses premiers rayons et que le visage de la jeune femme allait s'éclairer, elle prit ses jambes à son cou et sans demander son reste, sans même dire au revoir ou lui faire signe, sans même un sourire, elle disparue derrière une vieille maison en ruine.
Alexandre alla examiner de plus près cette bâtisse abandonnée mais il n'y vit aucun signe, aucune trace de la jeune femme. Il ne connaissait pas même son nom mais son rire hantait sa mémoire. Il rentra. Il passa la journée à repenser à la nuit qu'il venait de passer. Il ne pensait plus qu'à elle, à son rire, sa voix, ses longs cheveux et son visage pâle c'était tout ce qu'il avait pu apercevoir dans le noir de la nuit. La journée lui parue la plus longue de toute son existence, il n'avait qu'une hâte, retrouver à la nuit celle qui était l'objet de toutes ses pensées.
La nuit venait de tomber, il se précipita hors de sa chambre, hors du château, il courrait si vite qu'il ne prenait même plus la peine de respirer, puis il s'arrêta net, le doux murmure parvenait à ses oreilles, il s'approcha et s'assit sur le banc, apaisé. Pendant toute la nuit il resta à ses côtés tantôt ils parlaient tantôt il se taisait pour l'écouter rire, le son de sa voix était enchanteresse, il était envouté.
Des mois durant, toutes les nuits ils se retrouvaient pour parler ou tout simplement pour le plaisir d'être ensemble, la sensation d'être unique au monde, d'être compris, enfin, par quelqu'un.
Un jour, le roi convoqua son fils, il ne restait plus que 4 mois avant son vingt cinquième anniversaire, il faut trouver une femme, une princesse, une future reine, celle qui saura l'épauler dans toutes les épreuves que la vie mettra sur leur route. Le roi du pays voisin avait une fille, à peine plus jeune qu'Alexandre donc en âge de se marier et il serait bon de l'avoir à ses côtés en cas de conflits, son père est puissant.
- Non, père, je n'épouserai cette princesse là, j'ai déjà trouvé une femme que j'aime plus que ma vie.
- Ah ! Et qui est-elle cette femme ?
- Je ne sais pas.
- Comment cela mon fils tu aimes une femme que tu ne connais pas !
- Non, père, mais je sais que c'est elle que je veux épouser. Je l'ai rencontré dans le village, un soir. Son rire était tellement enchanteur que je n'y ais résisté, mais au matin elle est partie. Cela fait des mois que je passe mes nuits en sa compagnie. Père, je veux cette femme pour épouse !
Mais à ces mots, le roi rentra dans une colère noire. Il avait compris, il la connaissait cette femme. Il y a dans les livres une légende qui raconte qu'une jeune femme déçue par son premier amour avait disparu un jour sans laisser de trace et que parfois, les hommes en peine pouvaient la voir la nuit sans jamais pouvoir la retrouver au matin. La légende disait que la seule façon de sauver la jeune femme était d'aller battre son premier amour. Mais elle avait fait appel à une enchanteresse qui lui avait jeté un sort, il était devenu un immense dragon.
- Jamais, tu m'entends ! Jamais tu ne reverras cette sorcière !
Le prince ne comprenait pas. Pourquoi ? Pourquoi son père était il aussi en colère. Pourquoi l'avait il appelait sorcière ? La connaissait-il alors ?
- Pourquoi père ? La connaissez-vous ?
Et il écouta alors, avec attention, la légende que lui contait son père. Il ne voulait pas que son fils aille se faire tuer, tant d'hommes avaient essayé, tant d'hommes qui n'étaient pas revenu.
Alexandre respectait son père et donc, lui obéit. Il n'allait plus retrouver sa dulcinée le soir, il a même accepté de rencontrer la princesse voisine. Mais malgré sa beauté, il ne voyait pas de lumière dans ses yeux, son rire ne l'enchantait pas. Il se languit bientôt de sa mystérieuse princesse. Alors un soir, en cachette, il alla la retrouver dans cette rue, sur ce banc qui était devenu le leur. Mais elle n'était pas là. Son rire lui manquait, son visage lui manquait, son sourire, ses yeux, ses mains, sa voix, ses long cheveux ondulés, sa peau si douce. Il s'effondra en larme. C'est alors que la petite souris vint le voir. Devant lui elle se changea en une vieille femme. Cette même vieille femme qu'il avait vue quelques temps auparavant.
- Alors mon petit je t'avais dit qu'il ne fallait pas chercher l'amour et qu'il viendrait à toi.
Et elle lui donna une épée, ainsi qu'un cheval, et une carte. Il y avait une route inconnue du prince qui menait à une caverne. Sans même réfléchir, il monta sur le cheval, pris l'épée et la carte et se mit en route. Lorsqu'il arriva près de la caverne, il entendit un bruit sourd, il vit de la fumée, il vit des flammes. La peur le prit et il ne savait pas la dominer, ça, personne ne peut l'enseigner. Il voulut faire demi tour, abandonner l'espoir de retrouver la jeune femme. Mais alors qu'il détournait le regard de l'entrée de la caverne, il vit un chemin très étroit qui menait jusque derrière l'antre. Alors Alexandre descendit de son destrier, il s'engagea sur le chemin. Il fut surpris de trouver une entrée de taille humaine, juste la place d'un homme. Il entra et se trouva dans une pièce peu éclairée, mais suffisamment pour apercevoir que le sol était jonché d'ossements. D'ossements humains, de crânes, de mains, de pieds, de côtes. Il repensa alors à tous ces hommes qui n'étaient pas revenus comme le lui avait expliqué son père. Il dégaina son épée et crispa y cramponna ses mains, comme si cette épée pouvait le protéger de tout. Il passa par-dessus les os et se trouva alors au milieu d'une pièce démesurément grande, il se sentait minuscule, une fourmi dans l'immensité du monde. Mais puisqu'il était là il n'allait pas renoncer, pas maintenant qu'il avait réussi à entrer. Il continua son exploration et pénétra dans un couloir éclairé grâce à des torches. Il y en avait une toutes les dix enjambées, mais il arriva alors sur un nouveau couloir puis un autre et un autre, un vrai labyrinthe. Il retourna alors sur ses pas, il lui fallait quelque chose à semer ou a attacher pour se pas se perdre dans ce dédale. Il emprunta une torche pour chercher par terre quelque chose qui pourrait aire l'affaire. Il trouva une petite pierre, puis une autre et encore une. Mais à y regarder de plus près ce n'était pas vraiment des pierres, c'était étrange. Il se redressa et comprit, c'était des dents. Les dents de ses prédécesseurs. Tant pis, à la guerre comme à la guerre, il ramassa les dents qu'il trouvait, les mis dans sa poche et se réengagea dans les couloirs, à chaque torche il semait une dent. Il ne savait pas depuis combien de temps il était là à chercher, à marcher. La fatigue commençait à se faire sentir dans ses jambes, ses mains étaient moins crispées sur l'épée, ses pas devenaient lourds, le stock de dents était presque épuisé. C'est à ce moment là qu'il ressentit une douce chaleur l'envahir et plus il avançait dans ce couloir plus il faisait chaud, l'air devenait un peu moins respirable. Au bout du couloir une porte, il y colla son oreille. Un bruit sourd et régulier se faisait entendre. Il entrouvrit et aperçu la bête, le dragon, le gigantesque ennemi, endormi, replié sur lui-même. Il entra alors. Il était immense, rouge, jaune, vert, avec une gueule démesurée. Il resserra l'étreinte autour de l'épée et s'aventura plus près, encore plus près mais se stoppa net, le dragon venait de bouger une patte, il l'a souleva laissant apparaître ses griffes acérées, aiguisées prêtes à tuer le moindre homme qui passait. Mais il la laissa retomber lourdement dans un nuage de poussière. Pour tuer un dragon il faut transpercer son c½ur. Alexandre était prêt. Il ne restait plus qu'à enfoncer la lame au travers de l'épaisse peau écailleuse pour mettre fin à toute cette histoire, toute cette malédiction, pour retrouver enfin sa dulcinée. Mais il s'arrêta, il ne pouvait pas, il était là devant un ennemi assoupi, c'est un dragon oui, mais il dort, ce n'est pas très honnête, c'est lâche de gagner sans combattre. Il ramena son épée dans son fourreau, il laissa échapper un soupir
- je ne peux pas
Là, une chose étrange se passa, la poussière ne bougeait plus, le temps était comme suspendu. Et une petite souris sortie de dessous la tête du dragon. Elle se changea alors en vielle femme, toujours là même.
- Pourquoi ne pas tuer ton adversaire ? Pourquoi tu ne lui enfonces pas ton épée dans le c½ur, c'est la seule façon de mettre fin à tout ça !
- Je... Je ... je ne peux pas !
Un sourire se dessina sur le visage de la vieille femme. En un éclair le dragon disparu, devant les yeux ébahis du jeune homme, la vielle femme expliqua :
- Tu as été le seul à ne pas transpercer le c½ur du dragon. Le seul qui ait fait preuve d'honnêteté, de courage, de bon sens, de force. Tu as rempli les conditions, tu as mis ton amour à l'épreuve. Tu es digne de retrouver celle que tu aimes. Tu as mis fin à la malédiction.
Et à cet instant un rire qu'il aurait pu reconnaître entre mille, son rire, celui qui lui manquait tant depuis des mois. Il l'entendit, il crut que son c½ur allait sortir de sa poitrine tant il battait fort, il n'entendait plus que ce son merveilleux. Puis il la vit, elle était belle, elle était là, pour lui, pour toujours alors il la rejoint et la regarda dans les yeux, dans ses yeux qu'il n'avait pu que deviner dans la pénombre mais qu'aujourd'hui il pouvait admirer. Il ne pouvait se lasser de la regarder, de la toucher. Ils sortirent ensemble de la caverne. Le cheval était toujours là. Il la fit monter et ils rentrèrent ainsi, elle à cheval et lui à côté marchait le c½ur léger.
Le roi fut obligé d'accepter cette union qu'il avait interdite des mois auparavant. Le mariage fut célébré comme le veut la tradition le jour du vingt cinquième anniversaire et dans l'assistance une vielle dame cria :
- Longue vie au roi !